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François BLISTÈNE

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François BLISTÈNE, écrivain, esthète, un peu avocat, ses phrases commencent généralement par un « mouais », il est rarement convaincu mais il est très convaincant. Il a donné rendez vous au Germanopolitan chez lui, du côté de la rue du Four.

Pour commencer, quel est le sujet de ton dernier roman? « Le passé imposé » :

Un père de famille qui souhaite protéger ses enfants du monde extérieur les enferme, les isole, durant leur enfance et leur adolescence. Seulement ils réussissent à s’évader de la maison familiale.

Ils habitent à environ une heure de Paris, ils prennent alors le premier train qui passe et se retrouvent gare de Lyon un soir de Noël ; ils n’ont jamais vu un chien, un chat, un taxi, ils ont pour références visuelles des revues anciennes et des classiques de la littérature.

Ce qui m’intéresse ce n’est pas l’histoire mais la manière de la raconter.

Quelle est ta manière de raconter des histoires ?

Si je voulais être prétentieux, je citerais Jules Renard, nous avons d’ailleurs un point commun : la même maison d’édition qui vient de publier des extraits de son sublime Journal, « mon livre pour île déserte ». Pour le citer je dirai que « le style, c’est l’oubli de tous les styles », je trouve que c’est LA définition. J’essaie d’écrire différemment à chaque fois, je n’aime pas écrire les mêmes livres… Contrairement à  certain, je n’aurai jamais le Prix Nobel !

Si je voulais être célèbre, je saurais faire ce qui marche, je me ferais passer pour une jeune femme de 22 ans je parlerais d’inceste, de problème avec les parents, d’anorexie, de mes nombreuses expériences sexuelles, je serais un peu immigrée… Seulement ce n’est pas le cas, écrire c’est mon luxe donc je ne le galvaude pas.

Pour toi qu’est ce qu’un bon livre, ou une belle écriture ?

Pour moi un bon livre c’est un livre dont il reste toujours quelque chose, dont on se souvient, qui est différent. Je peux me souvenir d’un livre pour mille raisons, cela peut être l’histoire le style, le titre, la couverture.

Il n y a pas de mauvais livre ! Même d’Alexandre Jardin ! Le problème aujourd’hui c’est que l’écriture s’est standardisée. Il y a soit les livres témoignage et en général ce sont des livres très mal écrits, ou les livres orfèvres qui sont travaillés mais qui parfois peuvent être rébarbatifs. L’idéal c’est un mélange de Nabokov et de Pierre Michon, de Victor Hugo et de Leo Perutz, de Jelinek et de Jean Lorrain.

Quels sont tes écrivains préférés?.

Marcel Aymé, Gombrowicz, Machado de Asis, Doblin, Tchekov, (dur d’écrire des nouvelles après lui), Yoko Ogawa, Soseki, Martinet (lis « Jérome », c’est une merveille), Sallinger, Volodine…

En revenant à tes personnages dans « le passé imposé » lorsqu’ils s’échappent de chez eux, si ils avaient échoué à Saint Germain ils auraient atterri où ?

Ils longeraient la seine. Hélas ils auraient atterri au Flore ou aux Deux magots où ils se feraient sans doute arnaquer. Ils auraient commandé comme la table d’à côté puisqu’ils n’ont jamais été dans un café. Ensuite ils iraient à l’église Saint Germain. Ils se seraient promenés rue de Seine ils auraient vu le marché ou plutôt ce qu’il en reste c’est à dire pas grand chose. Ils auraient vu des galeries d’art, pas toutes terribles, mais comme ils n’ont pas de goût ils ne le sauraient pas. Le soir  ils auraient été chez Castel mais on ne les aurait pas laissés entrer, peut être qu’ils auraient fini par atterrir au Bar du marché avec les intermittents du spectacle (rire).

François et les femmes ?

« J’ai combien de temps pour parler des femmes ? »

Il nous restait à peu près 10 min…

Où emmènerais-tu une femme en rendez-vous ?

Dans quel but ? Une amie ? Une potentielle copine ? Donne- moi un but et je te réponds…

Une femme que tu aimes bien ?

Au tout début je l’emmènerais sûrement chez moi, et à la fin chez moi mais au milieu… Un long « Mmmmmmm » plus tard accompagné par un petit moment de silence il finit par répondre :

Je n’ai pas un parcours type. Je ne l’emmènerai sûrement pas dans un bar d’hôtel, j’aurais peur de paraître encore plus vieux !. Peut être au « Sauvignon » pour boire un Quincy. Pour manger ; cela dépend de la fille si elle est végétarienne, ça s’annonce mal, je ne l’emmènerai pas manger des tripes, des oreilles de cochons. Cela dépend aussi de la saison, si c’est une fêtarde ou pas, si je suis très intéressé je l’emmènerai à « The kitchen » ce n’est pas mon genre mais je pense qu’elle pourrait aimer le style prétendument new-yorkais. Avant de rentrer, si c’est l’hiver, un punch cannelle au lait chaud s’impose à la Rhumerie !

Donc tu l’emmènerais dans des endroits que tu n’aimes pas ?

Non , en réalité, je lui ferais découvrir la cave à vin du côté du marché saint germain « Bacchus et Ariane », c’est un endroit pas très connu et parfait pour jouer la carte de l’authenticité. On y est bien. Si elle est intello on irait au Petit Saint Benoit, au patron toujours bronzé et au bon bœuf bourguignon.

Pour finir selon toi Saint Germain commence où et se termine où ?

Les limites vont du Boulevard Raspail à Odéon en longeant la Seine… Pour moi Saint Germain ce n’est pas le panthéon que je préfère d’ailleurs, j’aime bien le quartier des facultés…

Un mot qui qualifie la rue du Four ?

La rue des boulangers.

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