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Robert Biver

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Robert Biver, Réalisateur / Humaniste

ROBERT BIVER quitte le Luxembourg pour Munich et entame des études de cinéma, plus tard il décidera de faire du stop pour tenter sa chance à Paris, chose dite chose faite, le voilà des années plus tard parisien ou plus exactement germanopratin et figure incontournable du quartier. Il nous a donné rendez vous chez Paul en terrasse (rue de Buci) « c’est mon bureau » nous dit il. Pour Robert Biver, observer c’est s’intéresser aux autres, et s’intéresser aux autres c’est en savoir plus…

J’avais entendu parler de ton film « SDF go HOME » et de ton succès sur les marches de Cannes, peux tu me faire un petit pitch ?

Avant « SDF go Home » j’avais fait un film sur l’occupation par les Sans Papiers de l’église Saint Bernard en 1998 qui furent expulsés quelques jours plus tard par les CRS. J’ai vécu dans les mêmes conditions que les sans papiers dans l’église, caméra aux poings et malgré tous les efforts déployés, des centaines de familles ont été jetées à la rue. Ensuite J’ai crée « Zéro Franc Production », une association qui m’a permis de récolter des fonds, essentiellement privés et luxembourgeois mais on a dû tout de même racler les fonds de tiroirs. Tous les techniciens de « SDF go Home » étaient bénévoles. J’avais choisi de ne pas diriger le film en laissant à chacun libre cours à sa sensibilité et à  son sens de l’improvisation, c’est un film participatif et chacun y a mis du sien. Le pitch c’est la rencontre entre une jeune femme jouée par ma fille et un jeune homme qui vit à la rue, un SDF, celui ci l’entraîne peu à peu dans l’univers de la rue et elle tombe éperdument amoureuse de lui. En effet ce film nous a permis d’aller à Cannes, même si il n’y a pas été diffusé, nous avons, les comédiens et moi même, foulé le tapis rouge. Cette aventure était excitante et difficile à mettre en place, les comédiens étaient les gens de la rue, ils jouaient leur propre rôle, on a tourné avec très peu de moyens et dans la précarité. C’était la première fois que des SDF étaient invités à Cannes. Nous avons été acclamés par l’équipe de Canal Plus et plusieurs festivaliers nous ont encouragés. Ce fut un fabuleux exploit de passer de la rue aux marches de Cannes. Seulement le film n’a pas été diffusé à Canal mais sur des chaines privées, je l’ai projeté au Luxembourg en présence de l’abbé Pierre, du Grand duc et de la Grande Duchesse.

J’ai aussi vu un extrait de ton documentaire « Pignon Sur Rue » sur Dailymotion peux tu m’en dire plus?

Le documentaire Pignon Sur Rue a été tourné en 2011. J’ai décidé de tourner ce documentaire suite aux difficultés du tournage de « SDF go Home ». Je me suis dit à ce moment que pour tourner un film sur la rue, il fallait y vivre au quotidien. »

C’est ce que Robert Biver a fait, caméra à la main, offerte par une dame du quartier, il s’installe à coté du métro Odéon, plus exactement sur la grille de la rue de l’Ancienne Comédie, sur le trottoir près de Mitch, Titi, Dom et Fernand dit l’aristo et filme pendant des heures le quotidien de ces quatre amis. Il tourne sans arrêt,  caméra à l’épaule  jusqu’à faire partie de leur quotidien,  « Pour faire un film sur la rue, tu ne peux pas tourner en plongée, tu te mets au même niveau, au ras  du sol et tu filmes , tu ne dis rien, c’est eux qui décident »

Comment s’est déroulé le tournage ? Comment as tu réussi à filmer la rue ?

Tout d’abord je les connaissais tous, c’étaient toutes des figures emblématiques de Saint Germain que je croisais tous les jours, pour moi ce n’est pas un film sur des SDF mais sur quatre personnes qui vivent à la rue, quatre destins, avant d’arriver sur un trottoir, c’est un passé qu’on laisse derrière soi. Titi, la tête d’affiche, n’a jamais vu le documentaire, je n’ai pas réussi à le contacter pour les projections, c’est le seul survivant de la rue, puisque dans la rue on ne vit pas on y laisse sa peau, « la rue ça amenuise » il est quasiment impossible de s’en sortir vivant. Le premier jour on se dit que ça ne va pas durer, aucune main n’est tendue et c’est la descente au ras du sol. Le deuxième soir on dort par épuisement par terre, puis pour sociabiliser, on boit, puis on boit pour s’habituer, puis la nuit suivante le soir on est encore plus fatigué, puis on dort, par terre, sans se relever, on se sent sale, on boit encore, et la fatigue prend le dessus, la rue nous aspire, on est aspiré par le quotidien. Ce documentaire c’est aussi l’histoire de quatre amis partageant le même trottoir, quatre personnes qui vivent des moments forts, vrais sans tricherie, quatre personnes qui s’entraident, qui s’aiment, qui clament des vers, qui chantent le tourbillon de la vie, qui ont eu une existence semblable aux autres. Après avoir diffusé une partie du documentaire sur Dailymotion, une jeune femme m’a contacté car elle avait reconnu son père dont elle n’avait pas eu de  nouvelles depuis de nombreuses années, elle passait souvent par la rue de l’ Ancienne Comédie : « Je n’aurais sûrement pas reconnu mon père si je l’avais croisé sur cette grille de métro » me dit elle… Ce documentaire c’est 85 heures de rush, 85 heures en compagnie de Mitch, Titi, Dom et Fernand dit l’aristo.

Quel était leur parcours ?

Fernand, « l’aristo » était un ancien assureur, père de famille, il s’est retrouvé à la rue suite à un événement dont il ne m’a jamais parlé. Il a beaucoup voyagé, a mené grand train de vie. C’est sa fille qui m’avait contacté de Marseille, elle ne l’avait pas vu depuis 25 ans, hélas, quelques jours plus tard il décédait. Dom, un as de la géographie, ancien du quartier, un érudit « J’ai quitté Saint Germain parce que c’était devenu un mini Champs Élysées, du coup je me suis dit autant aller vivre aux Champs Élysées mais comme je préfère les quartiers populaires je suis allé dans le 19 eme arrondissement ». Il qualifie ses amis de frères et particulièrement Titi comme étant le représentant de l’amour du sixième arrondissement. Mitch, se retrouve à la rue après de nombreux problèmes familiaux. « J’évite le froid, un jour j’ai dormi au bord de la Seine en plein hiver, me persuadant mentalement que je n’avais pas froid, j’avais une bouteille de rhum et du café chaud pour lutter». Ironie du sort, quelques mois plus tard Mitch meurt de froid rue des Quatre Vents. Titi, encore vivant et tête d’affiche de « Pignon sur Rue », tous s’accordent à dire que c’est un ange, un être spécial, le lien fédérateur de la rue de l’Ancienne Comédie.

Est ce qu’ils avaient assez d’argent pour manger et boire ?

Tout le long de mon documentaire j’ai vu des gens leur donner à manger, un jour, deux jeunes mariés leur ont offert les plateaux de gâteaux de leur mariage faits par un traiteur.

Un jour un monsieur, bien habillé, à priori à l’abri de tous soucis financiers est venu me voir en me disant :  «  J’ai vu que vous faisiez un film sur la rue, ça m’intéresserait de le voir car j’ai toujours eu peur de me retrouver à la rue un jour» Il a vu le documentaire et a beaucoup aimé.

Est ce que dans la rue on est tenté d’aller passer une nuit dans les abris ?

Les abris se trouvent en banlieue notamment à Nanterre, un camion ramasse toutes le personnes qui souhaitent se réfugier  en cas d’extrême urgence ou d’épuisement. Les bouteilles d’alcool sont confisquées, le camion fait sa tournée et arrive à bon port vers 5 heures du matin, ensuite c’est une douche froide et il faut déjà quitter l’abri au petit matin, sans avoir dormi. C’est une concentration de misère, d’insécurité. Après, il faut se débrouiller pour rentrer à Paris; les abris ne sont pas une solution.

Quelle est ton actualité ?

Deux longs métrages: le premier sur  un serial killer à la Boris Vian, ce n’est pas un film psychologique mais la vie relatée d’un serial killer. Le deuxième s’appelle  » L’Oeuf » un projet avec ma fille, c’est l’histoire d’une jeune fille amoureuse d’un homme bien plus âgé qu’elle et qui est très riche, elle tombe enceinte et il la quitte, elle finit par perdre son enfant (d’où le titre l’œuf) le film parle de la vengeance de cette jeune fille. Et un projet de documentaire sur le quotidien de quatre intermittentes du spectacle.

As tu un message à faire passer aujourd’hui?

Oui, je cherche un distributeur pour diffuser « Pignon Sur Rue » ce documentaire ne doit pas rester dans un tiroir!

Que signifie pour toi Saint Germain?

En deux mots quand tu viens d’un autre pays tu entends plein de choses sur La France et  notamment sur Saint Germain. A l’époque c’était le Flore, Les Deux Magots et des amis comme Régine Desforges, Jean Marc.* Pour tous les provinciaux, qui viennent à Paris, Saint Germain c’est le village. Malheureusement la rue de Buci devient le mini Champs Élysées de la rive gauche, j’y croise des gens du monde entier. J’aime bien observer, c’est un beau quartier, historique, artistique, j’y rencontre toujours des amis comme Philippe et Louis Garrel qui ont beaucoup aimé « Pignon Sur Rue ». Cet esprit village se perd aujourd’hui, les commerçants de la rue de Buci changent et ça devient une source d’argent importante, avant, même fauché tu pouvais trouver une terrasse, une chaise pour boire un café et rêvasser pendant des heures, aujourd’hui ce n’est plus possible..  Les anciens de Saint Germain vont ailleurs mais ils y vivent car le charme de Saint Germain existe et son esprit est conservé.

Saint Germain pour toi commence où et se termine où ?

Pour moi Saint Germain commence autour de l’église puis vers la rue de l’Université, rue Jacob, Saint-Sulpice et Odéon.

*Jean Marc Restoux: SDF, figure incontournable de Saint Germain, candidat aux élections municipales en 2008 a été soutenu par de nombreuses personnalités, connu pour dire  » Auriez-vous deux euros ou trois s’il vous plait? » décédé en 2012…

Photos : Victoire Rambert

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